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Albert Ayler, le phénomène du free-jazz

Le free-jazz fut une sorte de libération qui correspondait à une évolution des mentalités dans une certaine partie de la collectivité noire aux Etats-Unis. Il s’est développé en même temps que la conscience du « pouvoir noir » apparaissait dans la société américaine. Il est symptomatique de constater que ce style n’a, dans sa période active, duré qu’une période très courte. Aussi courte que les manifestations violentes des Black Panthers et autres mouvements prônant la révolte ouverte.

Free-jazz et pouvoir noir

Le free-jazz fut un divorce sur le plan du public. Il n’y eu guère de Minton’s Playhouse (club de jazz situé au rez-de-chaussée de l’hôtel Cecil dans le quartier de Harlem à New York où s’est développé le jazz moderne grâce aux jam sessions de Thelonious Monk, Kenny Clarke, Charlie Christian, Charlie Parker et Dizzy Gillespie dans les années 1940) pour les jeunes musiciens free.

C’est d’abord par le disque, et essentiellement grâce à de petites productions marginales, puis par les concerts que les musiciens free se firent connaître. Il est logique qu’une forme d’art dont les structures deviennent, sous peine de mort, plus complexes et plus raffinées, s’éloigne d’un public plus facilement sollicité par des formes auxquelles il s’est habitué. Mais il est bien évident que pour les musiciens, le problème est capital.

Un jazzman ne travaille pas dans la solitude, il n’est lui-même que dans l’échange avec le public. C’est la raison pour laquelle, la plupart des musiciens free, à quelques exceptions près, ont dû évoluer ou se contenter d’une activité épisodique. A moins qu’ils ne soient morts prématurément comme ce fut le cas du plus grand phénomène qu’ait révélé le free-jazz, illustrant le mouvement et le dépassant, lui donnant une dimension universelle : Albert Ayler.

Albert Ayler, une certaine agression

Né à Cleveland dans l’Ohio, Albert Ayler (1936 – 1970) choisit très tôt le saxophone alto pour ses débuts dans les orchestres de rhythm and blues avant d’opter pour le ténor en 1958. Il s’installe à New York et tente d’imposer sa musique. Déçu par l’accueil du public, il part pour la Suède où il enregistre son premier disque et rencontre Cecil Taylor avec qui il joue quelques mois. A son retour aux Etats-Unis, il donne une série de concerts avant une tournée en Scandinavie et en Europe.

Sa musique était tellement neuve que les amateurs de jazz sont excusables d’avoir, à son sujet, fait quelques contre-sens. La première impression, à l’écoute des disques de ses débuts, fut celle du refus : cette avalanche de notes distordues émises dans un tempo démentiel avec une sonorité au saxophone ténor d’une rudesse étrange et un choix de thèmes pour le moins faciles. L’ensemble ressemblait fort à une agression. Son discours musical était au contraire très précisément structuré. Il véhiculait l’essentiel, un souffle de vie.

Albert Ayler aimait la musique d’Ornette Coleman, de John Coltrane ou de Cecil Taylor mais également celle de Sydney Bechet et de Lionel Hampton. En dehors de la vie musicale jazziste, il n’a pas subi de véritables influences. A mesure que le temps passait, il reprenait sans cesse ses deux thèmes favoris, « Bells » et « Ghosts », qu’il triturait dans tous les sens. Son discours se fit plus grave sans perdre pour autant son lyrisme.

Albert Ayler était une sorte de météore tombé au cœur du jazz à une heure où celui-ci avait besoin d’être bousculé. Puis il est reparti comme il était venu, en solitaire. S’il a eu beaucoup d’admirateurs, il a eu peu de disciples.

C.E.

(Source : « Guide du Jazz » par Jean Wagner – Syros / Alternatives (1992))

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